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Pourtant, les scieries du massif manquent de bois : leur capacité cumulée avoisine les 2 millions de m3 pour une production du massif dépassant à peine 1,3 millions de m3.

Il est reproché au gros bois la présence de nœuds qui le fragilise après séchage. Une partie importante doit ainsi être déclassée, ce qui rend sa rentabilité de plus en hypothétique. Les petits bois ne présentent que peu de défauts induisant ainsi une meilleure valorisation. Au point de voir le prix du petit bois dépasser celui du gros.

Aujourd’hui, le marché est demandeur de bois sans défaut qui correspond parfaitement à l’offre des pays nordiques. M. Mathieu souligne d’ailleurs que l’accroissement de la demande observée ces dernières années n’a bénéficié qu’au bois d’importation.

 

Quelles sont alors les solutions ?

M. Mathieu en voit principalement trois :

- Premièrement, il souhaite que des moyens soient mis en œuvre pour assurer l’approvisionnement des scieries par des contrats garantissant ainsi l’approvisionnement régulier des scieries en produits bois. Les prix doivent intégrer la qualité du bois, en fonction de la demande du marché. Aujourd’hui, il est normal que le prix des gros bois baisse ; par contre, les scieries capables de transformer les gros bois, implantées dans les communes, ont besoin de ce bois à prix compétitif.

- Deuxièmement, il faut résoudre le problème des nœuds. A cette fin, de nouveaux investissements sont en train d’être  réalisés sur la commune de La Bresse (scierie Poirot) dans la fabrication de bois abouté et contre collé qui permet de faire disparaître des défauts existants en éliminant les nœuds et autres défauts. Le bois, ainsi traité, serait même plus résistant que le bois d’importation. Mais le coût est encore important et supérieur aux produits d’importation (1). Ce projet est suivi par Gipeblor, et a le soutien de la Région Lorraine, de l’Etat et du département

- Enfin, la loi sur l’air et la taxe carbone vont progressivement obliger les entreprises à s’approvisionner au plus près de manière à réduire le coût du transport.

Demain, le bois sera de plus en plus sollicité, l’habitat utilisera de plus en plus cette matière première qui aura tendance à être normalisée.

Il apparait nécessaire de dynamiser les jeunes peuplements tout en valorisant le gros bois, la conception de l’exploitation des forêts doit évoluer.

Il faut se positionner dans une logique de filière, en prenant exemple sur l’Allemagne.

Des solutions techniques et partenariales existent : on peut souligner la coopération entre Gipeblor et Fibois Alsace, qui ont œuvré pour objectiver le classement européen et maximiser la qualité des bois de la montagne vosgienne avec l’appui du Commissariat de Massif, ainsi que le fort développement depuis 10 ans de la contractualisation entre l’ONF  et les scieurs du massif.

Comme le faisait remarquer un participant, exiger une qualité « sapin des Vosges », c’est avoir la garantie d’une utilisation de gros bois.

La sylviculture mise en œuvre dans le massif vise à progressivement diminuer la part de gros bois dans les peuplements, de manière à favoriser la régénération et à obtenir une forêt plus équilibrée. Pour autant, le maintien d’une proportion de gros bois reste indispensable, tant pour les raisons paysagères et écologiques, que pour permettre l’approvisionnement de scieries locales en gros bois de qualité.

 

 

 

Bilan des études d’implantation des plates-formes de fabrication de plaquettes bois et son potentiel

 

Présentation par Rémy Gendre (Région Alsace)

Etat des lieux réalisé en 2006 :

- la production globale est suffisante, supérieure à 100 000 tonnes /an (pour 15.000 tonnes consommées en 2006)

- la capacité de déchiquetage est largement suffisante : 13 broyeurs en fonctionnement sur le secteur.

- Il est possible de livrer sur toute l’Alsace : on ne constate pas de carence du secteur privé au niveau de l’approvisionnement des chaufferies collectives.

- La  capacité de stockage sous abri  est relativement faible avec une mauvaise adéquation entre les produits disponibles et les besoins des chaufferies en place. (combustible trop humide).

En 2007, la Région Alsace met en place une aide régionale pour la création de plates-formes publiques et privées sous certaines conditions, par exemple :

- La capacité de la plate-forme doit être supérieure à 2500 tonnes abrités

- Pour les projets publics, la maitrise d’ouvrage doit être intercommunale, le secteur privé doit être associé…

Etat des lieux en 2009 :

En 2009, la puissance et la consommation de bois en Alsace sont multipliées par trois (environ 48000 tonnes/an pour 63 MW de chaufferies collectives).

On dénombre actuellement sur toute l’Alsace 358 chaufferies collectives dont 251 chaufferies plaquettes et 107 chaufferies granulés, seuls 93 sites sont gérés par des communes ou communautés de communes, soit moins de 10% des communes alsaciennes.

Les capacités de livraison des plaquettes sèches sont désormais en adéquation avec la demande, on note l’implantation de 12 nouvelles plates-formes avec une forte implication du secteur privé et une diminution significative des distances de transports de bois.

 

Présentation de Jean-Sébastien Laumond, Communauté de communes de la Haute-Bruche :

La communauté de communes de la Haute Bruche est en phase de finalisation d’une étude sur l’implantation d’une plate-forme.

Cinq volets ont été appréhendés :

· Volet 1 : rassembler et valider les données disponibles sur le gisement mobilisable en plaquettes forestières, en tenant compte des autres usages de la biomasse et des types de produits mobilisables,

· Volet 2 : examiner les gains et les conditions de compétitivité sur les coûts de mobilisation de la plaquette forestière,

· Volet 3 : analyser l’organisation (plate-forme intercommunale) à mettre en place entre les opérateurs de la ressource bois-énergie pour alimenter les chaufferies, à partir du volume mobilisable défini dans les volets 1 et 2,

· Volet 4 : évaluer les gains non marchands (par rapport aux enjeux :« création d’emploi, gestion du paysage, etc… ») pour étoffer l’argumentaire « développement local » du projet du territoire de la CCHB,

· Volet 5 : conclure sur la faisabilité de l’opération et proposer une suite opérationnelle à cette étude.

De manière très synthétique, les premières conclusions sont les suivantes : le territoire forestier en Haute Bruche est d’environ 23.000 ha. Le volume de bois énergie réalistement mobilisable est de l’ordre de 6300 m3 annuellement. L’évaluation de cette ressource bois énergie prend en compte deux grandes contraintes que sont les contraintes topographiques, environnementales et les usages concurrents. Ce volume est en mesure de générer au taux de 40% d’humidité  une capacité de chauffe de plus de plus de 13 000 MWh/an.

En terme d’organisation de la filière, l’étude démontre que la collectivité a un rôle important à jouer dans l’investissement de la plate-forme mais qu’elle se doit d’en déléguer la gestion à un opérateur extérieur.

Les gains de productivité et de compétitivité pour la production  de plaquettes forestières sont possibles sur le territoire à condition de coordonner les opérateurs intervenant lors des exploitations forestières, de conforter des chantiers mixtes et de mettre en place une sécurisation de l’approvisionnement (sous forme par exemple de contrats) entre communes et opérateurs.

 

L’expérience du Pays de Remiremont par Jérôme Montémuro et François Dieudonné :

Sur les 32 communes du Pays de Remiremont, 10 communes sont équipées en chaufferies bois, pour une consommation de 27000 tonnes par an.

Le gros bois des communes est exploité pour la production de plaquettes, le coût est relativement élevé dans la mesure où pour avoir des plaquettes de bonne qualité, il faut deux ans de stockage des grumes, ce qui implique une immobilisation du bois. Mais, la transformation en plaquettes permet l’écoulement des bois mitraillés, encore nombreux dans le secteur.

Plus que le prix des plaquettes, c’est l’optimisation du fonctionnement des chaufferies qui est source d’économie.

Le Pays de Remiremont est en train de mener un audit sur ce thème.

 

L’expérience de Maurice Schott, producteur de plaquettes :

M. Schott a mis en place progressivement 4 plates-formes à Sarrebourg, Château-Salins, Jarny et Saint-Avold.

La dimension moyenne d’une plate-forme avoisine les 2-3 hectares, est composée d’un hangar de stockage de 1500m2, de matériel de récolte et de broyage, de chargement et de transport. A noter qu’un hectare permet de stocker de 4 à 5.000 tonnes de plaquettes. L’investissement pour une plate-forme varie de 500000 euros à 1 million d’euros en fonction de la taille de la plate-forme. On estime un emploi créé par tranche de 2.000 tonnes de production.

Le prix de vente est compris entre 70 €/tonne et 100€ pour des plaquettes sèches à 35%, 35€/tonne pour une humidité à 50%.

Le problème rencontré par ce producteur est le manque de contractualisation avec les collectivités, qui ne lui permet pas d’envisager pour l’instant d’autres investissements.

Il souhaiterait proposer des contrats de 3 à 5 ans, avec formule de révision en tenant compte des fluctuations de prix du transport et du bois.

M. Cuchet, secrétaire général du Gipeblor, intervient pour préciser les chiffres de production de plaquettes en Lorraine : en 2009, 60 000 tonnes ont été produites, d’ici 2010, on prévoit une augmentation exponentielle de la demande (boostée par le fond chaleur) avec à l’horizon 2012 un marché de 450 000 tonnes pour une utilisation principalement industrielle. L’Alsace table également sur une croissance équivalente.

Les zones d’implantation des futures plates-formes sont déterminantes pour assurer un bon équilibre géographique entre l’offre et la demande.

 

Conclusion de B. Bonnefoi, Commissaire à l’Aménagement du Massif des Vosges :

La filière bois-énergie est une filière industrielle qui justifie l’existence des plates-formes. Différentes façons d’organiser le marché existent, que ce soit du domaine public ou privé. L’intervention publique est nécessaire sur l’investissement. La dynamique du secteur permet à des privés d’investir.

Lorsque la densité de plates-formes sera suffisante, les gestionnaires de chaufferies seront sûrs de l’approvisionnement.

Le lien entre les plates-formes et la forêt doit se fonder sur une notion de valorisation des bois locaux.

La dynamique actuelle induit la création d’énormes chaufferies, l’intérêt est de construire un marché et une filière dans un marché local.

Dans les années à venir, la demande va s’accroitre, le prix de référence du bois évoluera. M. Bonnefoi suggère que l’implantation des futures plates-formes se fasse sur d’anciennes friches industrielles, où le coût est réduit de moitié.

 

(1) Après renseignements pris, la différence de prix du bois séché observé entre la France et ses voisins européens vient avant tout du tarif de rachat de l’électricité des implantations de cogénération dont font partie les séchoirs chez nos voisins. Un tel dispositif est prévu en France, mais ne bénéficierait qu’aux unités de plus de 4-5MW, ce qui exclurait… la quasi-totalité des scieurs vosgiens.

 

 

Actualités/ Les Dossiers / Gros bois
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COMPTE RENDU DE LA REUNION DU 26.11.09

 

Gros bois dans le massif vosgien : quel avenir ?

Depuis 2007, les communes constatent une baisse conséquente de la demande et une chute des prix du gros bois. Il est bon de rappeler que le gros bois est constitué avant tout de sapins des Vosges de plus de 100-120 ans d’âge dont le diamètre dépasse 60cm.

Mme Longechal (ONF Alsace) et M. Denis Dagneaux (ONF Vosges) informent l’assistance que, versant alsacien, les bois de diamètre supérieur à 60cm représentent plus de 25% du volume et 30 % côté vosgien. Dans l’hypothèse d’une coupe de gros bois représentant 33% du volume annuel, il faudra de 15 à 20 ans pour résorber ce stock. Il s’agit donc d’un problème à court mais aussi à moyen terme, qu’il faut envisager de traiter dans la durée.

En tant que scieur-raboteur installé à Xonrupt, Monsieur Dominique Mathieu explique que son entreprise utilise du gros bois vosgien depuis 62 ans. Malgré des investissements lourds, depuis deux ans, il ne tire plus aucun bénéfice du sciage de gros bois. De nombreuses scieries spécialisées ont disparu par manque de rentabilité et malgré les disponibilités de gros bois.

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